Les Maîtres

Deux maîtres de capoeiras se détachent de l’histoire de la capoeira, car ils sont à l’origine des deux styles de capoeira, regional et angola.

MESTRE BIMBA (1900 – 1974)
Manoel dos Reis Machado

Mestre Bimba est né le 23 novembre 1900. On peut dire qu‘il a changé le destin de la capoeira qui antérieurement était hautement marginalisée.

En ce temps-là, la Capoeira était chose de camionneurs, débardeurs et truands. J‘étais débardeur mais j‘ai été un peu de tout. La police persécutait un capoeirista comme on persécute un chien maudit. Imaginez seulement qu‘un des châtiments administrés aux capoeiristas pris dans des bagarres était de les attacher par les poignets à la queue de deux chevaux. Les deux chevaux étaient libérés et mis à courir à toute allure jusqu‘au poste militaire. On commentait, à la blague, qu‘il valait mieux se bagarrer près du poste“.

Dans son combat pour la décriminalisation de la Capoeira, Mestre Bimba, a introduit dans ce qui était jusqu‘alors la Capoeira, des mouvements du „batuque“ (ancienne lutte en forme de danse) et a créé aussi une méthode d‘enseignement, ses 8 séquences d‘enseignement. Ce sont une série d‘exercices physiques complets et organisés en un nombre de leçons pratiques, afin que le débutant en Capoeira puisse se convaincre de la valeur de la Capoeira comme système d‘attaque et défense en un espace de temps le plus court possible.

Mestre Bimba fut le premier Mestre à ouvrir une académie en 1932, qui s‘appelait „Centre de Culture Physique Régionale“ . Confiant, en 1936, Bimba lança un défi à quiconque de l‘affronter. Quatre personnes se présentèrent. Celui qui lutta le plus longtemps prit une minute et dix secondes à tomber.

Dans l‘Académie de Mestre Bimba était affiché un règlement comportant neuf régles:

1. NE FUME PAS. IL EST PROHIBE DE FUMER DURANT LES ENTRAÎNEMENTS;
2. NE BOIS PAS. L‘USAGE D‘ALCOOL NUIT AU MÉTABOLISME MUSCULAIRE;
3. ÉVITE DE MONTRER TES PROGRÉS AUX AMIS EXTÉRIEURS À LA RODA. RAPPELLE-TOI QUE LA SURPRISE EST LA MEILLEURE ARME DE COMBAT;
4. ÉVITE DE DISCUTER DURANT LES ENTRAÎNEMENTS TU PAYES POUR LE TEMPS QUE TU PASSES DANS L‘ACADÉMIE ET EN OBERVANT LES AUTRES, TU APPRENDERAS PLUS.
5. TENTE TOUJOURS DE PRATIQUER LA GINGA; (GINGAR)
6. PRATIQUE QUOTIDIENNEMENT LES EXERCICES DE BASE;
7. N‘AIES PAS PEUR DE T‘APPROCHER DE L‘ADVERSAIRE, PLUS TU TE TIENDRAS PRÈS, PLUS TU APPRENDERAS;
8. CONSERVE LE CORPS TOUJOURS DÉTENDU;
9. MIEUX VAUT RAMASSER DANS LA RODA QUE DANS LA RUE

En 1937, Mestre Bimba réussit à enregistrer son École de Capoeira auprès du Secrétariat de l‘Éducation, de la Santé et de l‘Assistance Publique.

Le 23 juillet 1953, alors qu‘il fit une démonstration au palais pour le Président du Brésil d‘alors, Gétulio Vargas, il entendit de la bouche de ce dernier les mots suivants:“La Capoeira est l‘unique sport authentiquement national“. Bimba devenait ainsi le premier capoeirista à être reçu au Palais par le Président, et à faire une exhibition pour les invités du gouverneur.

En 1971 après une présentation, Bimba reçut promesses et proposition d‘un élève de l‘état de Goiás, Osvaldo, pour y déménager et y recevoir l‘appui et la reconnaissance qui lui manquaient à Bahia. La réalité fut autre et Bimba fut déçu. L‘élève qui avait insisté pour son déménagement ne lui donna pas l‘appui qu‘il avait promis. Les deux finirent par se brouiller.

Le 5 février 1974, Mestre Bimba mourut à l‘Hôpital Clinique de l‘Université Fédérale de Goiânia. Peu avant de subir une embolie cérébrale, Bimba venait de réaliser sa dernière présentation de Capoeira. En hommage au Mestre, les académies de Bahia restèrent fermées pendant sept jours.

En 1979, les mortuaires de Bimba furent transférés à Bahia, à l‘initiative de ses disciples, et reposent, depuis 1994, dans l‘ossuaire de l‘Ordem Terceira do Carmo.

En 1996, il reçoit à titre postume le « Diplôme Honoris Causa », remis par l‘Université Fédérale de Bahia pour les services rendus à la culture de Bahia.

En décembre 1999, à l‘occasion de son centenaire, le Syndicat des Entreprises de transport de passagers de Salvador (Setps) crée un titre de transport à l‘effigie du créateur de la capoeira regionale. À Salvador de Bahia dans le quartier de Rio Vermelho est érigé un monument de pierre représentant un arc solide d‘à peu près 3,5 mètres rappelant les formes du berimbau, avec sur sa face plane, un disque en bronze avec le buste de Mestre Bimba. Ce monument est posé sur une base du même matériau, ou l‘on trouve une plaque bronze rectangulaire avec les inscriptions suivantes : «Ao Meretíssimo Mestre Bimba, o 1º entre os melhores da capoeira. A Arte Marcial Brasileira. 22 de novembro de 1899 05 de fevereiro de 1974”.

MESTRE PASTINHA (1889 – 1981)
Vicente Ferreira Pastinha

Mestre Pastinha est né à Salvador de Bahia le 5 avril 1889. Il commença la Capoeira avec un vieux Mestre africain appelé Benedito qui, à voir le gamin de 10 ans se faire battre quotidiennement par un autre garçon, résolut de lui enseigner une manière de se défendre.

Il enseigna la Capoeira aux collègues de la Marine, qu‘il avait intégrée à deux ans. Il en sortit à 20 ans et ouvrit sa première école de Capoeira dans ‚un atelier de vélos. L‘école demeura ouverte de 1910 a 1922.

En plus d‘être capoeiriste, Mestre Pastinha était peintre, allant jusqu‘à donner des cours de peinture à l‘huile, ce qui ne l‘empêchait pas de travailler comme cireur de chaussure, menuisier, journalier, quand la situation devenait plus difficile.

En 1941, Pastinha fonda le „ Centre Sportif de Capoeira Angola - CECA, se différenciant de la Capoeira Regional par les mouvements, les coups de pieds, les rythmes de berimbau et les traditions de la roda. Dans la Capoeira Angola, comme l‘explique Mestre Pastinha „ le capoeirista utilise d‘innombrables artifices pour tromper et distraire l‘adversaire. Il feint de se retirer et revient rapidement, saute d‘un côté et de l‘autre, avance et recule, feint de ne pas voir l‘adversaire pour l‘attirer, tourne de tous côtes et se contorsionne dans une ginga malicieuse et déconcertante“

Le capoeirista doit avoir en tête que la Capoeira ne vise pas exclusivement à préparer l‘individu à l‘attaque ou la défense mais à développer en plus au moyen d‘exercices physiques et mentaux un authentique état d‘équilibre physique et psychique, faisant du capoeirista un sportif authentique, un homme qui sait se dominer avant de dominer l‘adversaire. Le capoeirista doit être calme, tranquille et calculateur.“

En dépit d‘être une des grandes célébrités de la vie populaire de Bahia, allant même jusqu‘au continent africain - invité par le Ministère des Relations Extérieures du Brésil comme membre de la délégation brésilienne au „ Premier Festival International des Arts Noirs“ à Dakar en avril 1966 - Pastinha, à la fin de sa vie, fut pratiquement oublié. Il en vint à être expulsé de l‘endroit où il demeurait et, vers la fin de 1979, déjà aveugle et après avoir été interné un an à l‘Hôpital Public suite à une embolie cérébrale, il alla à l‘abri Dom Pedro II.

Il mourut à 92 ans, le 14 octobre 1981. À son enterrement on lui rendit hommage avec des toques de berimbau.

Gamin fais attention à ce que je vais te dire: ce que je fais en m‘amusant, tu ne le fais même pas avec la rage. Ne sois pas prétentieux et irrespectueux, dans la roda de Capoeira, ah! Ah! Pastinha est déjà classé“ (Cantiga de Mestre Pastinha).